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La forêt aménagée
La forêt est un espace fréquenté et utilisé par les sociétés paysannes qui, souvent collectivement, y trouvaient tout ce qui
était nécessaire aux besoins du ménage.
Le bois de feu (affouage), le bois d'œuvre employé à la construction ou la réparation du bâti et des outils. L'espace
nourricier avec l'exercice du pâturage dans les sous-bois (vaine pâture), de la glandée et de l'activité cynégétique longtemps réservée à la noblesse.
Cette histoire explique la priorité accordée aux essences nourricières, et en premier lieu au chêne, fruitiers
sauvages et hêtre, avec à l'inverse un désintérêt affiché pour les essences qui ne nourrissaient pas, appelées bois morts.
En résumé, il s'agissait d'aménager la forêt afin de répondre à la multifonctionnalité attendue et satisfaire aux besoins des
ménages.
Forêt de Fontainebleau.
Un espace craint
La forêt est aussi un espace craint, naguère peuplé de loups, de fauves, d'esprits malfaisants réels ou imaginaires et encore
d'hommes révoltés contre un ordre injuste
(camisards, résistants, brigands…). La forêt est porteuse d'angoisse. C'est le désert humain pour établir de grandes
fondations religieuses, la Grande Chartreuse par exemple, à la fois silencieuse, sédative et cernée d'immenses et sombres forêts.
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Une dimension stratégique
La forêt est presque toujours restée sous le joug du régalien, car elle revêtait une dimension stratégique et répondait aussi à l'intérêt de bien-être des populations paysannes. Cet équilibre
ancien s'est érodé suite :
Sous l’effet de la croissance démographique, qui favorise le recul des surfaces forestières et les pertes en volume en
bois.
Celui du développement des usines proto-industrielles (forges, tuileries et surtout salines, grandes consommatrices de
bois-énergie).
Et de la puissance affichée sur terre et sur mer (places fortes, arsenaux, navires de ligne).
Cette conjonction conduit Colbert à éditer la Grande Ordonnance, avec la volonté de cartographier, de découper les bois en
parcelles régulières, géométriques et desservies par des chemins forestiers, avec la mise en place d'un quart de la forêt élevé en futaie.
Il s'agit de trouver un compromis acceptable afin de faire cohabiter deux strates
forestières : des arbres de futaie coupés à l'âge de 120 à 180 ans, selon les espèces et le taillis recépé (avec des rejets de souches, récoltés comme bois de chauffe, à échéance de
12 et 30 ans). Cette intrusion autoritaire de l'état est bénéfique car elle assure la reconnaissance des surfaces et la pérennité des bois.
Le mois prochain nous vous parlerons de l'influence sur la forêt, de la période des
Lumières, de la Restauration et de la mise en place du code forestier...
Tableau : Le peintre Lecoeur à Fontainebleau
Par Renoir.
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