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Les longerons une « guerre » de 4 siècles

2 Septembre 2013, 07:46am

Publié par Actu.Saint-Bénigne

Duguesclin… Jeanne d’Arc… la guerre de cent ans… peccadilles comparé à l’histoire des Longerons.

Pour une lande de terre en bordure de la Saône, réduite aujourd’hui à 15 hectares mais beaucoup plus vaste à l’origine, le sang à coulé pendant plus de quatre siècles entre les deux rives. Et bien davantage si l’on remonte au temps des rivalités féodales et des tentatives d’annexion de la maison de Savoie relayée par le Châtelain de Pont-de-Vaux, lequel allait jusqu’à encourager voire armer les habitants d’Arbigny, de St-Bénigne et même de Sermoyer contre le royaume de France pour bouter les chizerots (habitants d’Uchizy et royalistes) hors de la rive gauche. Cela se passait entre les XIVème XVème et XVIème siècles.

L’origine de cette histoire ainsi que la possession de ce territoire sont assez imprécises. Il semble cependant qu’ils étaient contrôlés par les abbés de Tournus (inféodés à l’Eglise de Cluny).

Au début du XVème siècle les habitants d’Uchizy et de Saint-Oyen, sur la rive droite de la Saône, revendiquaient les bois et pâturages situés sur la rive gauche (Arbigny et St-Bénigne) tout comme les revendiquaient ceux d’Arbigny et de St-Bénigne (notamment les hameaux de Chamerande et des Vernettes).

Au temps où l'on franchissait la rivière à gué     

Il faut se souvenir que la Saône n’était pas cette rivière domestiquée que l’on connaît aujourd’hui. Il n’y avait ni digue, ni mur, ni pont, ni chenal. En été, la rivière sinuait entre des bancs de sable dans un bassin très large et peu profond. Les habitants des deux rives pouvaient la traverser à gué en de nombreux endroits. Des histoires, des légendes courent encore sur cette possession.

Dans l’une il est dit que, fuyant les guerres (XVème) des chizerots, traversant la rivière, demandèrent l’asile aux habitants d’Arbigny et de St-Bénigne. En reconnaissance ils leur permirent de couper du bois et de faire paître leurs troupeaux dans « leur territoire ». Leurs hôtes en abusèrent et furent priés de revenir dans leurs limites. Il s’en suivi des querelles sanglantes.

Des documents permettent de penser que des seigneurs ou notable d’Uchizy possédaient terres et vignes aux Longerons et que des habitants des Vernettes et de Chamerande avaient acquis de leur côté des métayeries de bois et de broussailles.          

 

Des documents permettent de penser que des seigneurs ou notable d’Uchizy possédaient terres et vignes aux Longerons et que des habitants des Vernettes et de Chamerande avaient acquis de leur côté des métayeries de bois et de broussailles. Et c’est peut-être bien là que d’acquisitions en possessions aux limites mal définies, sont nées les querelles qui devinrent, en certaines époques, de véritables batailles rangées avec pics, bâtons, faux, et armes à feu.

En 1493, pour mettre fin aux querelles, le Prévost de Mâcon émet un arrêt prononçant l’indivision du territoire, sauf pour la coupe du bois. Il s’en suivi, au moment du bornage, d’incessantes violences.

Une amende de 3.000 Livres pour faire cesser les querelles

Moultes péripéties survinrent dans les siècles qui suivirent. Au XVIIIème siècle les communes d’Arbigny, Saint-Bénigne et Sermoyer furent condamnées à verser des sommes importantes (3.000 livres pour Arbigny) « pour s’être attroupés au nombre de deux cents » et avoir battu et maltraité les au point que l’un d’eux fut tué.

Au début du XIXème siècle la séparation a lieu par décret impérial. Les 15 ha des Longerons reviennent en indivis aux habitants de Chamerande et des Vernettes. La guerre prend fin avec les voisins de la rive droite. Mais une autre querelle commence entre les nouveaux possédants au point que l’assemblée communale arrête en 1909, un règlement. Il est dit que : « aura un feu toute personne ayant une habitation », ceci pour toute personne habitant Chamerande et les Vernettes.  


St-Bénig.Longeron115 hectares le long du grand bief qui débouche dans la Saône.Les-Longerons-Aout-2013 2202Le Grand Creux, toujours en eau, particularité des Longerons.
Les Longerons aujourd’hui

En 1821, le maire, M. Ravier fatigué des querelles, écrit que « Les experts ont dépouillé la commune entière de St-Bénigne d’une partie de communal qui lui appartient pour le donner à deux de ses hameaux et aux conscrits Lapasse, sans que cette commune leur ait donné aucune mission relative à l’intérêt de l’entier de la commune ».

Au fil du temps, les bois devenus moins indispensables ont disparu pour laisser place à une immense prairie que se partageaient, bon gré, mal gré, les nombreuses petites exploitations agricoles des hameaux de Chamerande et des Vernettes.

Au début du XIXème siècle la séparation a lieu par décret impérial. Les 15 ha des Longerons reviennent en indivis aux habitants de Chamerande et des Vernettes. La guerre prend fin avec les voisins de la rive droite. Mais une autre querelle commence entre les nouveaux possédants au point que l’assemblée communale arrête en 1909, un règlement. Il est dit que : « aura un feu toute personne ayant une habitation », ceci pour toute personne habitant Chamerande et les Vernettes.

Au fil du temps, les bois devenus moins indispensables ont disparu pour laisser place à une immense prairie que se partageaient, bon gré, mal gré, les nombreuses petites exploitations agricoles des hameaux de Chamerande et des Vernettes.

En 1821, le maire, M. Ravier fatigué des querelles, écrit que « Les experts ont dépouillé la commune entière de St-Bénigne d’une partie de communal qui lui appartient pour le donner à deux de ses hameaux et aux conscrits Lapasse, sans que cette commune leur ait donné aucune mission relative à l’intérêt de l’entier de la commune ».

Mais il faudra encore, à la municipalité en place en 1955, éditer un nouvel arrêté pour calmer les esprits à nouveau surchauffés. Cet arrêté, très précis dans ses attendus, signé du maire M. Borjon-Privé, redéfinissait les limites des 2 hameaux concernés. Dans son article 1 il est précisé que

 

  « Il est attribué chaque année à tout habitant ou chef de famille résidant effectivement dans les hameaux de Chamerande et des Vernettes et ayant un foyer (ou feu) bien distinct de celui de tout autre membre de sa famille, un droit de répartition de l’affouage des longerons appartenant indivisément aux habitants de ces hameaux »… Les articles suivants définissaient toutes les modalités d’usage et de droit. Cet arrêté est encore en vigueur aujourd’hui.

Il n’y a plus que quelques agriculteurs dans ces hameaux mais la population devenue urbaine a toujours les mêmes droits sur ce territoire. Chaque foyer installé à Chamerande ou aux Vernettes au premier janvier de l’année, et c’est une surprise pour les nouveaux arrivants, bénéficie du droit d’affouage (une part de bois) sur les Longerons. Ces affouages sont par principe mis à la disposition des derniers agriculteurs. Le nombre d’affouagistes fluctue d’une année à l’autre. Ils sont 89 cette année et les agriculteurs, (ils sont aussi affouagistes), qui exploitent cette surface doivent verser à chacune de ces 89 familles la part leur revenant dans le prix du fermage. Le montant de cet affouage est fixé en mairie, lors de chaque réunion annuelle du syndicat des Longerons qui rassemble affouagistes et agriculteurs. Mais ces discussions sont plus conviviales qu’au temps des coups de bâtons…  


St-BénigLongeron02 Le syndicat des Longerons en réunion à la mairie. Le temps des coups de bâtons est révolu.

 


Cet article, incomplet parce que succint, a été composé à partir d'extraits d'un travail de recherche de M. Martinerie, ancien enseignant à St-Bénigne, de Guy Mortel, maire de la commune et d'écrits laissés par les maires ou notables des siècles précédents. 

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